dimanche 21 juin 2015

Buto/haïku



sur le chemin
cet homme en chapeau
attendant quoi

Butô/haïku à Séné (56), Médiathèque Grain de sel et Association ni plus ni moins


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lundi 15 juin 2015

INSECTES





cœur de capucine
du muret de pierres sèches
surgit un lézard

la voix éperdue
d'un grillon dans la bruyère
Baie des Trépassés

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mercredi 13 mai 2015

Histoire de mouche

nuit sans lune
la mouche qui me harcèle
sait-elle que je travaille ?


la mouche la mouche
et dans mon ordinateur
ce virus !

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vendredi 1 mai 2015

Les "grelots"




HAÏBUN LIÉ


Thème : le cri

Par Danièle Duteil et Monique Mérabet



Les « grelots »


Je marche depuis longtemps. Le soleil, à son zénith, chauffe les bourrelets de lave. La mer déploie de gros rouleaux turquoise propulsés en gerbes d’écume vers un ciel sans nuages. Long fracas, suivi d’un calme relatif.
Encore quelques photos, en rafales, pour mieux fixer l’instant.

J’ai soif. Mes cheveux sont poisseux. Mes semelles collent à la roche brûlante. Une nouvelle fois, je trébuche.

Là, au loin, entre deux rochers, le paille-en-queue ! Il se dirige vers moi. Non, pas un, deux paille-en-queue. Quelle grâce ! Ce cri… Est-ce le leur qui domine le tumulte des flots ? Ils volent si haut ! Pour les atteindre, zoomer au maximum, zooOO… 

Rencontre cuisante
ah ! un instant se reposer
sous les filaos

(D. D.)


Ne rien dire au chat
dans le silence des feuilles
la chipèk assise


La chipèk, la sauterelle, s’envole dans mon rêve. Ah ! Ça vole, donc, une sauterelle ?

La voilà qui se pose sur moi, juste au creux de mon cou. A priori, rien d’effrayant. Je ne suis pas herbe tendre de la dernière pluie ; je ne suis pas limbe-chlorophylle.
Mais la voix, en sourdine… celle du chat peut-être ? me souffle qu’il est impératif de la chasser, cette entité, devenue maléfique, ce vampire accroché à ma chair.
Gestes de la main, contorsions. Mes doigts agrippent une patte chitineuse, un peu coupante.
Je tire et la bête résiste. J’ai l’impression de lutter contre un ectoplasme élastique qui m’aspire, qui va me faire basculer du mauvais côté de la nuit…
Déjà, la désorientation, le sentiment désagréable que mon oreiller se trouve maintenant au pied du lit. Je ne veux pas y aller ! Jamais !
Mon hurlement silencieux (ne pas réveiller la maisonnée, surtout !) me fait émerger du périlleux vavangaj* ; j’occupe la diagonale du lit…
Je me retourne. Rendormie.

*vavangaj : vagabondage, errance

(M. M.)



– « Froissez la feuille en fermant les yeux et respirez à fond »,
conseille-t-il. Le parfum capiteux du géranium rosat envahit mes narines, je reprends mes esprits.

Longtemps après, à maintes encablures de ces lieux, l’essence odorante demeure accrochée à mes doigts.

« Mare-Longue », signale une balise au bord du sentier forestier. Le chemin s’enfonce au cœur d’une végétation séculaire.

Fraîcheur relative, sous la canopée. De ces oiseaux inconnus seuls les chants parviennent à mes oreilles. Impossible de les apercevoir à travers l’épaisseur des hauts feuillus. Je me réjouis des noms pittoresques inscrits sur les petites pancartes : « bois de pomme » aux énormes racines, « joli cœur » aux senteurs de carotte... Partout, un enchevêtrement de lianes. Et toujours ces oiseaux qui semblent me narguer de leurs sifflets mystérieux.

La boucle de randonnée s’achève au milieu des fougères dressées dans l’obscurité naissante. Vite, regagner la côte en traversant les vastes plantations.

Plus un seul bruit de machette. Les ouvriers agricoles ont rejoint le logis. Dans l’ombre, les tiges ploient sous le vent marin, mais l’air est encore lourd. À  l’horizon, le soleil finit de descendre. Il met un temps fou à sombrer dans l’Océan.

Nuit tropicale
la longue plainte des criquets
dans les champs de canne

(D. D.)


Je pense aux grelé, aux grelots comme disait mon père pour désigner cette espèce de grillon champêtre. La langue créole se plaît à jouer avec les mots du français, à les embellir d’une image, d’une assonance, d’une résonance.

Soir de novembre. J’écoute les grillons. Ils s’étaient tus depuis trop longtemps. À  quoi ressemblent-ils déjà ? Je ne sais plus trop. Ils ne sont pas faciles à repérer au jardin, ces champions du camouflage couleur de terre. Peut-être cette bestiole noire au corps arrondi, venue se noyer dans un bol ?
Je ne les vois pas. Mais je les entends en ces nuits des prémices d’été. Il me plaît de me dire qu’ils sont arrivés chez moi, la citadine, enrobant quelque plant, quelque bouture prélevés aux parterres familiaux. Qu’ils m’ont été transmis en héritage.
Leur grésillement fait naître mille étoiles en mon cœur. Vibration qui me ramène aux jardins créoles de l’enfance, aux champs de canne à sucre arpentés avec mon père.
Souvenirs.

Et l’écho que m’apportent les amis de passage : un autre regard, d’autres mots pour dire l’île natale, pour capter les infimes murmures qui ont tissé mon âme, qui l’ont intimement liée au caillou de basalte arrimé en plein océan.
J’écoute les chants du temps longtemps, du temps passé, de la journée qui finit en bref crépuscule.
Cependant que le monde se passionne pour une traînée de poussières de l’espace, pour un chimérique enregistrement de sons venus d’ailleurs.

Passage de comète
Les radios transmettent
Un gargouillis de robot

L’orbiteur a pour nom Philae. Il est « intelligent », nous clame-t-on.
Entendra-t-il le chant des étoiles ? Comptera-t-il les petits cailloux de l’astéroïde ? Sait-il que tout tourne dans une valse cosmique perpétuelle et qu’il tourne avec elle ?

Y a-t-il des grelé sur la comète 67 P ?






Danièle Duteil (D. D.) / Monique Mérabet (M. M.)

 publié dans le journal de l'AFAH, "L'écho de l'étroit chemin" n° 16, mars 2015
letroitchemin.wifeo.com

lundi 27 avril 2015

Au bord de nulle part


Au bord de nulle part


Par Michel Duflo
 
J’ai longtemps cherché une définition du haïku qui me convienne. Je crois l’avoir trouvée : « Au bord de nulle part ». Oui, c’est exactement ça, un haïku. Une poignée de mots serrés sur une page blanche, tout près du rien, du vide,
du silence.


« Au bord de nulle part » est justement le titre du dernier recueil de haïku de Danièle Duteil. Un titre magnifique qui, on le pressent, ne laisse pas indifférent une fois sa lecture achevée (d’ailleurs on le relira très vite). C’est donc à pas feutrés, un peu intimidés, que nous y entrons. Nous y voici. Ciel laiteux, matin monochrome, rue déserte, brouillard au port… le décor est posé : nous sommes bien au bord de nulle part. Pour un peu, on se demanderait ce que l’on fait là. Sauf que. Prenons le temps de regarder, d’écouter. Ici un bateau invisible, là une empreinte de bécasseau, plus loin des éclats de rire.



premières lueurs

entre les bottes de paille

quelques brumes





A la fureur des hommes et au brouhaha des grandes villes, Danièle, qui fut longtemps insulaire (elle est née à Ré et y a résidé de nombreuses années), préfère ces lieux où la vie sait se faire discrète et vraie. Bord de mer, plage battue par les vents, parfois une ruelle, un quai, un passant. Rien de plus, pas grand-chose, mais c’est déjà tellement.





une poignée de gros sel

sur les moules

ciel d’orage





Et dans ce que l’on imagine être de longues promenades, Danièle n’a pas son pareil pour mettre en correspondance le petit et l’immense, l’éphémère et l’éternité (nous touchons là à l’essence même du haïku). Ce que nous n’aurions jamais remarqué, elle le capture à l’instant même, telle une photographe de l’intime et de l’immobile (je pense irrésistiblement à Michael Kenna).





 brumes de chaleur

peu à peu les contours d’une île

absorbés





Et ne nous trompons pas. Nulle nostalgie ou tristesse dans ses haïku, bien au contraire, une joie immense, un bonheur des « petites choses », un sourire parfois, tant la nature aime à nous surprendre.




en plein champ

une vache

mâche un nuage





Nul doute, pour Danièle Duteil, humains et nature ne font qu’un, se répondent l’un à l’autre. Et pour qui sait lire à travers les lignes (il y en a si peu dans un haïku), on devine une histoire de maison à vendre, de toutes ces années passées en famille sur l’île qui ne sera bientôt qu’un souvenir.





Au lecteur maintenant de mettre ses pas dans ceux de l’auteure. D’autant que les éditions Pippa ont eu l’excellente idée de rehausser le recueil de Danièle Duteil  de magnifiques haïga de l’artiste roumain Ion Codrescu, donnant au livre une dimension hautement poétique. Allez, bonne lecture, relecture, re-relecture…

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mercredi 22 avril 2015

Notre temps



côtes en vue -
leurs yeux vides
au bout du voyage
ils ne connaîtront pas
le goût de la liberté

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Magyar

capsized
sailing to a lost promise
the lives 

chavirés
dérivant vers à une promesse perdue
la vie

** 

Marcel

Leur barque
renversée,
quels cris !


** 

Mercé

Liberté de vous-même
perdu dans les vagues de la vie
ne sachant pas maintenir leurs convictions
aux modes imposées par la société ...
 

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 Bill

voyagers
as far as hope
could bring them


voyageurs
aussi loin
que l'espoir les porte

(Trad. Danièle)

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